jeudi 18 février 2010

Qu’est ce qu’un Jerbien en 2010 ?

C’est à cette question que je vais tenter d’apporter des parcelles de réponse, à mon sens, ouverte. Je suis probablement « contaminé» par le débat sur l’identité nationale en France qui prend fin ces jours-ci, ou peut-être c’est à cause de la mosaïque très branchée des groupes sur facebook se définissant par rapport à Jerba ; des plus régionalistes à la limite du fascisme (comme noms) Jraba safyin (Jerbiens purs !!!) à la forme la plus light Les Fans de Jerba (Jerba sous forme d’hobby ou d’une adoration nostalgique), qui m’a laissé perplexe vis-à-vis de cette énigmatique adjectif qualificatif « Jerbien ».

Ma réponse mêle le subjectif au visionnaire ; elle essaie de comprendre le passé et de justifier les choix de l’avenir. Ma définition est sélective ; elle chercher à faire animer la dialectique des valeurs entre le local et l’Universel. Je serai sur le qui-vive par rapport aux mots. Des mots causent des fois des maux.

J’appellerai le conventionnel mot singulier d’identité par un groupe nominal étendu : subjectivité collective. Je reprends ici l’appellation de mon directeur de thèse qui considère l’identité comme un mot appartenant à l’arsenal conceptuel de l’ethnologie coloniale ; il s’agit d’une ethnologie imitative de la démarche expérimentale des sciences exactes qui considérait l’homme comme étant un objet d’étude semblable aux objets de la nature. Or l’homme évolue par rapport à une objectivité (les lois de la physique par exemple) et surtout par rapport à une subjectivité (la liberté par exemple).

L’appellation me semble adéquate dans ce contexte de définition parce qu’elle englobe la complexité de la question de l’appartenance de l’individu dans nos sociétés à un dénominateur commun collectif.

Le Jerbien est un homme libre

Appartenir à la subjectivité jerbienne c’est tout d’abord appartenir à une culture insulaire.

C’est la culture de la résistance vis-à-vis à la domination externe ; l’exemple de la résistance anglaise face aux Nazis illustre cette culture. Jerba a su résister face aux troupes espagnoles et Turcs à l’époque médiévale grâce à ce facteur structurel de l’insularité.

La culture de l’insularité est aussi celle de l’autonomie. Le jerbien aspire à l’autosuffisance. L’autonomie donne un sens plein au mot liberté pour le Jerbien ; c’est la liberté de choisir (résister) pour pouvoir décider (transformer le monde).

Le Jerbien gère-bien

Le jerbien appartient à un espace méditerranéen, centre du monde antique, il est imprégné par la culture de la mer (l’orientation, la gestion du risque…) et des traces des activités commerciales des comptoirs carthaginois et artisanales des grecs (la poterie à tour à Guellala). Il est dévoué au travail par contrainte structurale certes mais aussi par volonté de devenir un maître (au sens hégélien).

Le Jerbien appartient aussi à un espace semi-désertique plat où la gestion de l’eau est stratégique ; il a construit des citernes d’eau partout pour maximaliser la collecte d’eau de la pluie. Le jerbien est quelqu’un qui gère bien ses ressources naturelles.

L’absence de montagnes l’oblige à affronter les dangers sans se cacher. C’est pour cette raison que l’espace insulaire est géré d’une manière lié aux enjeux de la menace ; les mosquées jerbiennes de la cote ont à la fois une fonction cultuelle et une fonction de contrôle du rivage.

C’est un paysan par excellence. Jerba a résister à la culture des villes au mois jusqu’au XVI siècle. Il est bien enraciné dans les valeurs anthropologique de la paysannerie ; égalitarisme (l’habitat et le vêtement du jerbien est le même pour toutes les catégories sociales), modestie, solidarité et patience (bien gérer les saisons, le temps).

La Jerbienneté est une subjectivité collective plurielle

Il n’y a pas de légitimité d’autochtones à Jerba. Tout le monde vient d’ailleurs. C’est pour cette raison que Jerba a su garder des spécificités culturelles et historiques que d’autres régions du Maghreb n’a pas pu conserver. C’est l’île de l’arc en ciel doctrinal musulman ; des ibadhites (wahabites et khalfites), des malékites et des hanafites, des soufis ont a les traces des mosquées ; l’île n’étouffe pas les idées et les croyances. Les hébreux trouvent à Jerba un espace vie et d’épanouissement. Pareille pour les chrétiens des deux tendances catholique (romaine) et orthodoxe (bysantine), leurs églises témoignent de cette présence. A Jerba cohabite un monothéisme pacifique authentique.

Le Jerbien est sans doute contre l’unicité culturelle. Il vit au sein d’une diversité culturelle due aux mouvements permanents de l’immigration humaine. L’île comme l’a remarqué pertinemment Slahdinne Tlati est un espace refuge pour les populations persécutées du continent.

Le marché linguistique à Jerba nous propose des biens symboliques très variés ; le berbère, l’hébreu, l’arabe avec toutes ses variétés.

L’expression très marquée d’une appartenance à une certaine jerbienneté chez beaucoup de Jerbiens est de l’ordre de l’ignorance. Des dichotomies maladives comme jerbi/arbi ou mazegri (immigré) dévoilent à la fois les perturbations face aux changements structurels démographiques que connaît l’île depuis l’avènement du tourisme de masse (immigration d’une main d’œuvre pauvre mise à la marge dans des refuges (maljaa) et surtout à la défaite idéologique du fond anthropologique jerbien face au système de caste de la société de consommation (concurrence des richesses, application du schéma citadin de l’habitat dans un contexte paysan, volonté de consommer de faire épanouir la notion du plaisir : une notion en opposition avec autonomie et l’autogestion).

3 commentaires:

H B J a dit…

Gere bien c une agence a Djerba

anino@sfr.fr a dit…

Je connais bien Djerba et j'ai apprécié votre texte pacifique et tolérant.
Je suis tombée dessus en faisant une recherche sur berbères ibadistes.
En effet je note une grande ressemblance entre l'architecture et l'artisanat de Djerba et ceux des autres régions ibadites : la vallée du Mzab en Algérie et le Djebel Nefouza en Lybie. Je recherche donc des textes sur ce sujet par simple curiosité historique.
Qu'en pensez-vous ?

extrablog a dit…

bien dit